Histoire du Moulin

Ce que l’on appelle aujourd’hui « le Grand-Moulin de Montbazon » n’est autre que l’ancien moulin banal, dépendant du domaine du donjon.
Sous l’Ancien Régime, chaque seigneur-justicier, comme l’était le duc de Montbazon, avait droit en effet aux « banalités », c'est-à-dire au monopole concernant le moulin, les halles, le pressoir, le four à pain et autres droits. Tous les habitants du Duché étaient obligés de faire moudre leurs grains au Moulin-Banal - en payant en plus une redevance.
Le Moulin-Banal de Montbazon semble avoir été fondé au XIIIème siècle : jusqu’à la Révolution, il fut la propriété des seigneurs du donjon. Il était lié avec les fours à pain banaux, situés tout près mais dont on ignore aujourd’hui l’emplacement exact.
Les princes de Rohan, ducs de Montbazon, le louaient périodiquement à des exploitants. Quelques noms de ces meuniers ont été conservés : Antoine Girault et son épouse Marie Fremondeau le louèrent ainsi le 9 février 1768 par contrat passé chez le Maître Faré, notaire de Montbazon. Ce Girault (qui acheta en Janvier 1771 le moulin des Avrins) était issu d’une vieille famille de meuniers. Il avait épousé la fille de Pierre Frémondeau (meunier du moulin de la Braye en 1736 puis des Avrins en 1754), qui était également la belle sœur de Pierre Robineau (meunier de la Freinaye et de Roulecrottes et de Charles Etienne Robineau (meunier des Avrins). Les Frémondeau-Robineau- Girault avaient quasiment le monopole des moulins de la vallée de l'Indre.
Antoine Girault, meunier du Grand Moulin eut à subir de nombreux dégâts lors de la fameuse crue de l’Indre du 27 Novembre 1770 : il y eut pour 100livres de dégâts, à la charge du Prince de Rohan, propriétaire du Moulin.
En 1778, le duc de Montbazon chargea son secrétaire, suite à la fin d’un premier bail souscrit en 1768, de trouver un nouveau locataire et de mettre l’exploitation du Moulin aux enchères avec un nouveau bail devant couvrir jusqu’en 1787.
Le Grand Moulin avait à cette époque (1776) estimé d’une valeur de 1543 livres : il comprenait « deux roues avec leur tournants, virants et autres ustensiles », cour, cave, jardins et écuries se trouvant de l’autre côté de la route «  sous le roc du château » Le bâtiment est alors dit « neuf », ce qui fait penser qu’il à été reconstruit - du moins en partie - après cette fameuse crue de 1770. Le cadastra de 1819 indique qu’il mesurait environ 30 mètres de long. Le locataire était tenu le jour de la St Maixent (26 juin) de fournir une perche de bois décorée de fleurs et une barque à fond plat pour le « jeu de la 2vintaine ». Il s’agissait pour les concurrents de monter en barque et, munis d’une perche de 10 mètres, d’essayer de renverser un poteau décoré du blason des ducs de Montbazon planté au milieu du lit de la rivière. Ce jeu se déroulait sur la portion de l’Indre comprise entre le moulin et le pont.
Comme tous les autres biens appartenant au Princes Rohan, le Moulin Banal fut mis sous séquestres en 1742, suite à la faillite du Duc et administrés par leur syndic. En 1796, toutes ces propriétés furent nationalisées : c’est alors que le moulin fut détaché du domaine du donjon. Il fut vendu le 5 Messidor au IV à un riche marchand de Tours, Henry Lourmand, pour 11.700 livres (alors que l’acte d’estimation lui donnait une valeur de 31.660 livres).
En 1842, il fut acheté par la famille Pasquier, qui était déjà propriétaire du Grand Moulin de Loches. C’est eux qui,  de cette sorte, le reconstruisirent tel que nous le  voyons aujourd’hui.
Le bâtiment précédent ne possédait qu’un seul rez-de-chaussée : c’est ainsi qu’il est représenté sur une aquarelle peinte en 1831 par Madame Fay Otter-Viot.
L’un des membres de cette famille Pasquier allait devenir célèbre.  Antoine Pasquier (1773-1847) devint en effet médecin du Roi Louis-Philipe et fut institué Baron en 1845.
Le Grand Moulin de Montbazon, qui fonctionna jusque vers 1960, reproduit exactement le même style que les moulins des Avrins, de la Braye, de la Fresnaye et d’Esores, qui ont tous été reconstruits dans un style différent à la fin du XIXème siècle (excepté celui d’Esvres, qui existe toujours et ressemble beaucoup au Grand Moulin de Montbazon). Vers 1962, on a remplacé son toit à deux versants en toiture en mansard et on a alors enlevé le crépi qui recouvrait le mur pour en laisser les moellons apparents. Au début du siècle, on a accolé contre sa façade ouest de nombreux appentis et en 1954 un silo contre le pignon nord.